Beni-chidori
La variété 'Beni-chidori' s'écrit 「紅千鳥」en japonais.
- Le premier idéogramme, beni (紅) désigne un pigment rouge, obtenu à partir des pétales de la fleur de carthame (Carthamus tinctorius L. 1753). Ce pigment est utilisé dans la peinture, la teinture, les cosmétiques et comme colorant alimentaire. Il désigne également la couleur rouge cramoisi, rouge foncé.
- Les deux idéogrammes suivants, chidori (千鳥) signifient "pluvier" : c'est le nom communément donné à plusieurs espèces d'oiseaux échassiers au bec court et épais, qui nichent dans les terrains sablonneux, les marais et les côtes de l'hémisphère Nord avant de migrer vers le sud en hiver. La plupart des pluviers se déplacent avec agilité sur le sable à l'aide de leurs trois doigts et lorsqu'ils se nourrissent, ils font semblant de tituber dans une autre direction avant de fondre sur leur proie. C'est la raison pour laquelle le mot japonais chidori désigne également une démarche chancelante, une allure incertaine, un entrechat, ou un zigzag. De plus, le chant du chidori au bord de l'eau est souvent évoqué comme un symbole des paysages d'hiver et d'un sentiment de solitude en poésie japonaise (voir le poème ci-dessous).
La combinaison de ces trois idéogrammes peut donc être traduite par "Pluvier rouge".
Le nom de variété 'Beni-chidori' a été attribué à un Prunus mume.
Voici un poème extrait du Kokin waka shū, Recueil de poèmes japonais d'hier et d'aujourd'hui, traduit par Michel Vieillard-Baron. Il s'agit de la première anthologie de "poésie japonaise" (waka) compilée sur ordre impérial au début du Xe siècle. Poème n°361 composé par Mibu no Tadamine* :
La brume doit s'élever
Au bord de la rivière Saho
Où chantent les pluviers :
Sur le mont, les couleurs des feuilles
Se font à présent plus intenses.
Note du traducteur, Michel Vieillard-Baron : "la rivière Saho coule dans l'actuel département de Nara. Selon la tradition poétique, les pluviers sont, comme la brume, indissociables du paysage de la rivière Saho. Le poète suppose, d'après le rougeoiment des feuilles (qu'il observe), que la brume doit envelopper les rives du cours d'eau (qu'il ne peut voir). Brume et feuillages rougeoyants sont deux éléments caractéristiques de l'automne."
*Mibu no Tadamine fut un poète actif dans la première moitié du Xe siècle, il fut un modeste fonctionnaire. Tôt reconnu comme l'un des meilleurs poètes de son temps, il prit part à différentes manifestations et fut associé à la compilation du Kokin waka shū.